UNESCO : La Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information
La pensée avant l’IA — Tracer de nouvelles cartes d’espérance
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Chaque année, du 24 au 31 octobre, se déroule la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information (EMI), qui vise à sensibiliser le public et à célébrer les progrès accomplis en matière d’éducation aux médias et à l’accès à l’information.
Au cours de cette semaine, des partenaires du monde entier organisent des événements et l’UNESCO, en collaboration avec un État membre, propose la Conférence phare de la Semaine mondiale de l’EMI. L’édition de cette année se tient à Carthagène des Indes dans la République de Colombie, sous le thème La pensée avant l’IA –L’EMI dans le monde digital.

Les discussions de cette année visent à approfondir la réflexion sur la manière dont l’IA redéfinit le paysage informationnel et comment l’EMI est essentielle pour permettre aux individus d’interagir de manière critique avec des contenus générés par l’IA.
Nous observons tous chaque jour à quel point l’intelligence artificielle transforme en profondeur la création, la diffusion et la consommation de l’information. Les algorithmes alimentés par l’IA sélectionnent nos fils d’actualité, génèrent du contenu et influencent le discours public à une échelle sans précédent.
Ainsi, si l’IA ouvre des perspectives inédites en matière d’accès à l’information et de créativité, elle soulève également des défis majeurs : biais algorithmiques, désinformation, prolifération des deepfakes, essor des médias synthétiques, et préoccupations croissantes face à la prise de décision automatisée.
Dans ce contexte complexe, l’éducation aux médias et à l’information s’impose comme une compétence clé : elle permet à chacun de développer un regard critique sur les contenus produits par l’IA et de comprendre les enjeux éthiques, sociaux et politiques de cette révolution numérique.
En ces jours, ces thématiques résonnent également au cœur du Vatican.
Dans la lettre apostolique publiée le 28 octobre, Tracer de nouvelles cartes d’espérance, à l’occasion du soixantième anniversaire de la déclaration conciliaire Gravissimum educationis, Pape Léon XIV relance lui aussi la réflexion sur les problématiques liées à l’intelligence artificielle, en les intégrant aux nouveaux défis auxquels l’éducation contemporaine est confrontée.
Nous en partageons ici quelques extraits significatifs, mais nous recommandons de la lire dans son intégralité, car elle fait vibrer le cœur du lecteur :
Dans la première partie, le Pape nous rappelle :
3.2. Éduquer est un acte d’espérance et une passion qui se renouvelle car elle manifeste la promesse que nous entrevoyons dans l’avenir de l’humanité . La spécificité, la profondeur et l’ampleur de l’action éducative résident dans ce travail – aussi mystérieux que réel – de « faire fleurir l’être […] c’est prendre soin de l’âme », comme nous le lisons dans l’Apologie de Socrate de Platon (30a-b). C’est un « métier de promesses » : temps, confiance, compétence sont promis ; justice et miséricorde sont promises, le courage de la vérité et le baume de la consolation sont promis.
Dans la seconde partie, le pape Léon XIV évoque comment, il y a soixante ans, la Gravissimum educationis encourageait à avoir confiance et à renouveler les méthodes ainsi que les langages éducatifs.
9.1 Aujourd’hui, le défi de la confiance se mesure à l’aune de l’environnement numérique. Les technologies doivent servir les personnes, et non les remplacer ; elles doivent enrichir le processus d’apprentissage, et non appauvrir les relations et les communautés.
Autrement, le risque est celui d’une standardisation du savoir, conduisant à un appauvrissement spirituel.
9.2 Mais Pape Léon XIV met aussi en garde : il faut éviter toute technophobie. Notre attitude envers la technologie ne peut jamais être hostile, car « le progrès technologique fait partie du projet de Dieu sur la création ».
Mieux encore, il nous rassure : En tout cas, aucun algorithme ne peut remplacer ce qui rend l’éducation humaine : la poésie, l’ironie, l’amour, l’art, l’imagination, la joie de la découverte, et même apprendre à se tromper comme une opportunité de croissance.
9.3. L’essentiel n’est pas la technologie, mais la manière dont nous l’utilisons. L’intelligence artificielle et les environnements numériques doivent viser à protéger la dignité, la justice et le travail ; ils doivent être régis par des critères d’éthique publique et de participation ; ils doivent être accompagnés d’une réflexion théologique et philosophique à la hauteur.
11.1 Les constellations éducatives catholiques sont une image inspirante de la manière dont tradition et avenir peuvent s’entremêler sans contradiction : une tradition vivante qui s’étend vers de nouvelles formes de présence et de service. Les constellations ne peuvent se réduire à des connexions neutres et figées d’expériences diverses. Au lieu de chaînes, osons penser à des constellations, à leur entrelacement plein d’émerveillement et d’éveil. En elles réside la capacité de relever les défis avec espérance, mais aussi avec une réforme courageuse, sans perdre la fidélité à l’Évangile. Nous sommes conscients des défis : l’hyper-numérisation peut briser l’attention ; la crise des relations peut blesser le psychisme ; l’insécurité et les inégalités sociales peuvent éteindre le désir. Pourtant, c’est précisément là que l’éducation catholique peut être un phare : non pas un refuge nostalgique, mais un laboratoire de discernement, d’innovation pédagogique et de témoignage prophétique. Dessiner de nouvelles cartes de l’espérance : telle est l’urgence du mandat.
Comme Dieu le dit à Abraham : « Regarde le ciel et compte les étoiles » (Gn 15, 5) : demandez-vous où vous allez et pourquoi. Gardez votre cœur : la relation passe avant l’opinion, la personne avant le programme. Ne perdez pas de temps et d’opportunités : « Pour reprendre une expression augustinienne : notre présent est une intuition, un temps que nous vivons et dont nous devons profiter avant qu’il ne nous échappe ».
Aleksandra Lucchelli
