Le Carnaval vu par l’UNESCO et le pape Benoit XVI : un patrimoine qui s’inscrit dans l’axe de la pastorale du pape Francois

le carnaval de Grandville et son "char des pauvres », témoignage de solidarité chrétienne avant d’entrer en carême.

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« Il y a un temps pour tout et un temps pour tout faire sous le ciel (…) un temps pour pleurer et un temps pour rire » (Qoholet 3,1).

Ces mots de l’Ecclésiaste résonnent aux sons des rires et de la joie qui jalonnent les manifestations populaires et festives que sont les carnavals.

UN PATRIMOINE IMMATERIEL A SAUVEGARDER POUR L’UNESCO

Les carnavals appartiennent à notre culture au même titre que nos bâtiments, nos penseurs et nos paysages. La préservation de cette culture fragile car immatérielle est d’une importance telle pour notre identité que l’UNESCO a décidé en 2016 d’inscrire plusieurs carnavals dont celui de Granville sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Cet évènement qui s’est trenu entre le 9 et le 13 février 2018 est l’occasion de nous remémorer la signification de cet héritage culturel malheureusement vidé de plus en plus de son sens originel. Le carnaval est avant tout un évènement inscrit dans une période de l’année bien particulière pour les Chrétiens comme les Juifs.


LE CARNAVAL SELON BENOIT XVI : FONDEMENT DE NOTRE LIBERTE

Voir ci- dessous RATZINGER, Joseph, 2006 : La Gloire de Dieu aujourd’hui, Editions Parole et Silence. P 49-51.

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Pour les Juifs, cette fête dite de Purim correspond à la fin des persécutions de peuple juif dans l’Empire Perse. Cette période d’exaltation marque donc une fin et un début, celle de la liberté retrouvée.
Pour les Chrétiens en revanche, dont le calendrier liturgique importe tant, la fête du carnaval marque « un éclat de rire avant la gravité sérieuse du carême ». Ces mots qui sont ceux du pape émérite Benoit XVI dans ses Méditations sur La Gloire de Dieu aujourd’hui renvoient bien à l’Ecclésiaste dont nous parlions plus haut. L’homme comme l’Eglise a besoin de rythme et il y a un temps pour tout.
La période du carnaval était donc à l’origine une période de fête qui s’achevait par l’entrée en carême avec le mercredi des cendres.

Pourtant, force est de constater que certains carnaval sont confrontés à un grand danger. Moins que celui de disparaitre par l’uniformisation croissante de la culture et la monté de l’individualisme mais plus profondément par la perte de ce qui fait l’essence même et l’âme du carnaval : sa signification et son message religieux.
« La gravité du carême » dont parle pape émérite Benoit XVI dans ses méditations s’entend bien évidemment comme la période d’ascèse, de jeûne et d’introspection sur notre condition d’homme en prenant en exemple Jésus au désert. Le carnaval originel n’était pas l’occasion de de quelconque abus ou bombances mais marquait simplement un temps d’amusement et de joie avant de réfléchir au sens du mot privation et de marcher dans les pas de celui qui s’est sacrifié pour nous.

La Liberté de l’homme qu’il trouve dans la suite de Dieu et dans l’épanouissement de son humanité ne doit pas être confondu avec la soi-disante « liberté » que l’homme pourrait trouver en ne croyant qu’en lui et en s’écartant de Dieu.

Le pape émérite Benoit XVI l’explique parfaitement dans ses méditations : la sécularisation progressive des manifestations culturelles populaires que sont les carnavals et qui cherche à se détacher de tout message chrétien ont remplacé l’âme de ces manifestations en se soumettant à de nouveaux dieux qui dominent de plus en plus nos sociétés : le dieu argent, le dieu du commerce et de l’avidité ou l’intérêt pécuniaire prime mais appauvrit tout ce qui en fait l’essence.

"LE CHAR DES PAUVRES" : UNE TRADITION EN AXE AVEC LA PASTORALE DU PAPE FRANCOIS ET DE LA JOURNEE DES PAUVRES.

Il faut néanmoins reconnaitre et saluer que le carnaval de Grandville a su résister à ce danger et conserver ses traditions et son ancrage chrétien.
D’une part son organisation correspond encore à la période précédant le début du carême alors que tant d’autres s’échelonnent dans le temps en fonction des saisons touristiques et des profits possibles.

Le char des pauvres de l’édition 2018 du Carnaval de Granville

Le carnaval de Granville est par son histoire une fête ou les notions de solidarité et de charité sont indissociables de celles de joie et de fête. Prenons l’exemple du "Char de pauvres" : ce char qui précède le cortège de la manifestation est le symbole même de la solidarité des hommes. Tradition du XIXe siècle, il visait à récolter des fonds pour aider les veuves dont les maris pêcheurs avaient été happés par les eaux. Cette charité et cette solidarité propre aux territoires ruraux confrontés à l’époque à l’isolement et à la rudesse des éléments étaient au cœur de la naissance du carnaval.

Aujourd’hui encore, cette tradition persiste et l’écho de la tradition chrétienne résonne encore aux fils des rires et des cavalcades qui jalonnent les rues de Grandville. Preuve en est que les fonds récoltés pour cette année 2018 par le « char des pauvres » seront reversés au Secours Catholique de Granville qui œuvre au jour le jour contre la pauvreté et l’isolement.

Arrivé de Mgr Francesco Follo à la gare de Grandville

Dans cette optique, Monseigneur Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO a participé à la dernière cavalcade dans la ville. Il a également célébré une messe à l’Eglise Notre Dame du Cap Lihou de Grandville pour le mercredi des cendres et ainsi marqué l’entrée en carême.

Ainsi Granville n’oublie, ni son histoire, ni sa tradition, ni ce qui fait l’essence même de son existence originelle : la joie, le rire et la solidarité chrétienne.
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Voir article sur la visite de Mgr Francesco Follo au carnaval de Granville :http://www.assau.org/presence-de-monseigneur-francesco

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